Enlèvement à Hombori novembre 24 2011
Infos : , rétrolien
Deux géologues Français ont été enlevés dans la nuit de mercredi à jeudi dans leur hôtel à Hombori, au nord de Bandiagara. Hombori est le point culminant du Mali, derniers contreforts des falaises du pays dogon.
Ces deux Français travaillaient pour une cimenterie. Je ne connais pas les motifs de leur présence au Mali, et ne les connaîtrai probablement jamais. Ils étaient sans aucun doute très appréciés par leurs collègues maliens. Je regrette que l’Ambassade de France ne les ait pas protégés. Le site de l’Ambassade de France à Bamako permet aux voyageurs et aux ressortissants Français de s’inscrire sur le dispositif ARIANE et de donner toutes les informations concernant les séjours au Mali, c’est ce que j’avais fait avant de partir.Je regrette que les membres de l’hôtel où ces géologues résidaient n’aient pas pu empêcher cet enlèvement. Je me joins à la douleur des familles, car pendant mon séjour au Mali, quelques uns de mes amis se sont vraiment inquiétés pour moi. Mais j’étais protégée (le renard, et l’amour).
En revanche, à mon arrivée à la douane de Bamako, lorsque le douanier m’a demandé ma destination et que je lui ai répondu Bandiagara, il m’a tout de suite donné son numéro de téléphone, et m’a dit, si vous avez un souci, appelez moi, et saluez mon ami Baba.
A l’hôtel du Tamana à Bamako, je rencontrai un responsable d’une ONG (matériel scolaire) qui s’était fait arrêter par un chef touareg à Tombouctou, il était rentré directement à Bamako sans s’arrêter à Mopti. J’ai pris un bus de Bamako à Segou, et à l’hôtel de Segou,j’ai ressenti une forte animosité vis à vis de Nicolas Sarkozy de la part de certains Maliens avec lesquels je parlai :ils auraient pu m’enlever, me violer, et demander une rançon. Mais j’étais au Mali pour offrir un troupeau de boeufs à une coopérative de femmes, et ça, ça a touché toutes les personnes à qui j’ai fait part de la générosité de mes amis ou d’anonymes qui ont permis la réalisation du projet YAMLOU.
J’ignore depuis combien de temps ces géologues étaient à Hombori. Quels étaient leurs objectifs. En principe mon se rend au Mali car on aime le Mali, et on le lui montre, et il nous le rend au centuple.
J’avais préparé mon voyage pendant huit mois. J’allais être accueillie et on allait prendre soin de moi. J’avais consulté les sites internet de l’ambassade de France et de Grande Bretagne à Bamako. La zone dans laquelle je me rendais était rouge pour la Grande Bretagne, mais à la limite de la zone rouge pour la France. En revanche je savais que je n’irai pas tenter le diable. Je me déplaçai en bus, en incognito, Gaspard se cachait. Je parlai aux gens et ils me parlaient, je leur donnai les salutations d’usage. Je me sentai appréciée. J’étais chez moi chez eux. Je donnai si on me demandait, j’expliquai la raison de mon séjour chez eux. J’étais leur soeur. Leur Dieu était mon dieu.
Le Diable, c’est le fric et la colère, la jalousie et la violence gratuite. Il y a toujours eu des bandits, des enlèvements, des guerres, des colères, des rapts, des viols, de la violence. On veut un monde meilleur, mais on vit dans un monde pourri. Le coeur de certains d’entre nous est pourri. Par le fric, le goût du pouvoir, par la folie.
La violence est partout, elle est prêt de nous. Nous ne l’attendons jamais vraiment. Mais dans le Sahel et dans quelques pays du monde, les enjeux sont différents que ceux pour lesquels nous prenons des risques, ici, en France. J’éprouve une grande compassion pour ces géologues, leur famille, leurs amis Maliens. Vivre est un danger permanent. L’homme devient le prédateur de l’homme. En France des filles se font violer et tuer par des adolescents devenus fous. Des femmes sont battues par leur mari. J’ai été victime de la violence humaine. Mais jamais, jamais au Mali un Malien a manqué de respect pour moi. J’ai même songé m’y installer, puisque je n’ai aucun avenir en France. Avant hier mon fils, de retour d’un stage en Angleterre, me disait, maman, je n’ai pas envie de revenir en Ariège. En Angleterre on m’a donné toutes mes chances de réussir.
La vie n’est pas plus dangereuse au Mali qu’en France. Il suffit de rester vigilant, et de donner un VRAI SENS à la vie. Mais nous sommes tous dans la confusion. Le monde est dans la tourmente, et je vais adresser aux familles des géologues Français toutes mes pensées. Je n’ai pas été agréssée en pays dogon, le pays dogon est un pays de paix. Mais je n’ai pas franchi les limites de ce pays, je voulais rester vivante pour pouvoir revenir en France témoigner de l’hospitalité que j’y ai reçue.
Je voulais vous dire, le club de football de Londres le CHELSEA CLUB a offert deux ballons de l’équipe de foot. J’ai remis un des ballons à des enfants de Bamako, et l’autre à un club du troisième quartier de Bandiagara.
Pendant que les garçons tapaient dans le ballon du bout de leurs sandales déchirées, le gouvernement malien organisait le retour dans le nord du pays, et notamment à Tombouctou, des anciens mercenaires maliens de Kadhafi. Un vaste programme de réinsertion agricole est mis en place dans le Sahel pour ces hommes. Le gouvernement malien tient à ce que son pays reste un pays de paix. J’ai pu regarder les informations chez des voisins.
La polémique a été permanente, mais j’ai toujours été respectée. Lorsque j’ai donné ma position et mon point de vue sur la vie et sur la politique, et que les Maliens ont constaté ma sincérité, je savais que je ne risquais rien. En revanche, si jamais je n’ai ressenti aucun danger dans les hôtels (Bamako, Segou) je me suis résolue à rester au sein de ma famille d’accueil de Bandiagara. Là, je ne risquai rien. De toute façon, j’étais déjà une de leurs soeurs. Personne ne pouvait voir ma peau blanche, si ce n’est sur mon visage. J’étais habillée comme les femmes, et parlai leur langage, et partageai leurs journées de travail. La nuit, ma chambre, dans la cour de la maison, restait ouverte.
En France, j’ai mis un portail au jardin, je me barricade. J’ai été victime de la violence des hommes. J’ai peur de la politique de Nicolas Sarkozy, qui nous tue à petit feu. Bien plus peur que d’être enlevée au Mali.
Le Mali n’est pas plus dangereux que la France. Il est de toute façon bien plus hospitalier et plus généreux. Si vous donnez, vous recevez au centuple. J’y retournerai, sans hésitation. Rien que pour revoir Mamadou et ses amis jouer au foot. Et puis, of course, thank you to CHELSEA and John Booth, thank you for the foot balls I brought to the children of Mali. Merci au foot ball club de Londres le Chelsea de m’avoir permis d’apporter deux ballons à des enfants.
J’ai écrit ces mots quelques minutes après avoir entendu à la radio que deux géologues Français avaient été enlevés au Mali. Je suis dans la confusion car je prépare mon prohain voyage au pays de la paix. Je ne renoncerai pas. La persévérance mène à la victoire. En revanche, j’aimerais que Nicolas Sarkozy s’occupe un peu mieux des Français au lieu de se préoccuper de semer plus de désordre sur la terre. J’ai honte d’être là, et impuissante, et de savoir qu’il se remplit les poches et celles de ses potes pendant que les Français se débattent pour rester en vie. Et notamment les géologues, quelque part au Mali.
|
Devenez fan de ce Blog :